Un cortège de 150 personnes vêtues de noir pour marquer le deuil remonte la rue Soufflot. Ce lundi, plusieurs collectifs féministes se sont donné rendez-vous devant le Panthéon pour réclamer à François Hollande d’accueillir cinq nouvelles femmes au sein du célèbre mausolée. Car parmi les 73 enterrés, on compte 71 hommes et seulement deux femmes : le prix Nobel de chimie Marie Curie et Sophie Berthelot, «femme de» inhumée «en hommage à sa vertu conjugale». La date choisie n’est pas un hasard, un 26 août 1970, les militantes du Mouvement de libération des femmes (MLF) avaient déjà rendu hommage à la femme du soldat inconnu, encore plus inconnue que son époux.

À gauche, devant des photos de femmes illustres, Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme, explique que «si on a oublié les femmes dans le passé, il y a de fortes chances qu’on les oublie dans le présent». Elle fait écho au discours du 7 mars 2012, dans lequel François Hollande avait émis l’idée de panthéoniser des femmes. «On y pensait depuis des mois, c’est lié à une réflexion sur l’invisibilisation des femmes dans l’histoire, dans les manuels scolaires ou dans la toponymie. En tant que femmes, nous avons besoin de modèles d’identification», explique Clémence Helfter, militante OLF. À droite, derrière des banderoles et des postiches de poils, les militantes de la Barbe récitent un discours ironique : «Aux seuls grands hommes, la patrie reconnaissante». Elles interpellent le président de la République à leur manière : «Reprenez-vous ! Cette belle unanimité virile de grands esprits brisée par l’intrusion d’intrigantes ? Ces grands hommes sont pourtant unis jusqu’à la tombe dans un bel entre-soi masculin…»

Olympe de Gouges, Germaine Tillion, Louise Michel

Inscrites sur la page Facebook du «Collectif pour des femmes au Panthéon» (1 700 membres), des militantes de ces collectifs mais aussi de la Coordination du lobby européen des femmes, de Genre et ville et des 40 ans de mouvement ont échangé une quarantaine de noms et voté pour les plus légitimes. Qui sont les heureuses élues ? La révolutionnaire Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, la philosophe Simone de Beauvoir, la résistante Germaine Tillion, la communarde Louise Michel et la mulâtresse Solitude, figure de la résistance des esclave noirs en Guadeloupe. Peu connu, ce dernier nom intrigue. «On reproche souvent aux féministes d’être blanches et de mener un combat pour le monde occidental. Avec Solitude, on reconnaît tous les combats dont la lutte contre les esclavagistes», précise Chris Blache, l’une de porte-parole de la Barbe. L’inhumation de Simone de Beauvoir pourrait aussi poser problème. Elle repose à Montparnasse aux côtés de son amant, le philosophe Jean-Paul Sartre. Faut-il le panthéoniser lui-aussi «en hommage à sa vertu conjugale» ? Dans un rire franc, Anne-Cécile Mailfert assure «ne pas pouvoir se prononcer sur sa probité conjugale. Puis non, pas de Sartre au Panthéon, il y a déjà suffisamment d’hommes, nous voulons réduire l’écart».

La suite ? Une pétition, qui a recueilli plus de 2 000 signatures, circule sur change.org. Et François Hollande a confié une mission de réflexion de réflexion sur ce sujet à Philippe Bélaval, président du Centre des mouvements nationaux. Il recevra le Collectif pour des femmes au Panthéon le 6 septembre et rendra sa copie le 30. Parmi les militants présents, on murmure que Germaine Tillion ferait déjà partie des favorites.

Léa LEJEUNE