• AVEZ-VOUS MANGÉ L'AMAZONIE AUJOURD'HUI ?

    19 décembre 2011 

    Par João Meirelles Filho*, janvier 2006

    L'Amazonie aujourdhui

     Je n’accepte pas qu’en mon nom le gouvernement fédéral brésilien concède l’autorisation de la déforestation de l’Amazonie, et vous, l’acceptez-vous ? Je n’autorise pas que l’argent public, de banques officielles, soit employé pour l’élevage bovin en Amazonie, et vous, l’autorisez-vous ?

    Vous et moi sommes-nous le boeuf de la crèche ou des citoyens de la planète ? Pensez-vous que votre manière de vivre, de vous alimenter, de vous comporter, de construire votre maison, de vous relationer avec vos amis, de visiter des lieux ou de voter a une relation directe avec l’Amazonie ?

    Dans l’affirmative, accepteriez-vous d’évaluer si vous consommez l’Amazonie ou non ? Tous les jours, les recherches scientifiques et les rapports sur l’environnement sont assez catégoriques : nous ne pouvons plus nous offrir le luxe d’attendre que les gens soient convaincus de la gravité de la situation en Amazonie. Il sera trop tard quand les grands fermiers, les chercheurs d’or, les bûcherons, les fonctionnaires publics, les représentants du pouvoir public et la population en général se rendront compte de la réalité. Nous aurons déjà perdu la plus grande partie de l’Amazonie.

    Les faits

    En cinq siècles 95% des populations indigènes ont disparus. Des nations entières ont été décimées par les maladies, l’esclavage et les armes apportés par les Européens. Les nations qui ont survécu, environ 180, ce qui représente plus de 200 mille personnes (1% de la population de l’Amazonie), ont bien peu d’alliés parmi les fonctionnaires publics et les organisations de la société civile pour se défendre des prospecteurs, des chasseurs, des voleurs de bois et des « grileiros » (les grileiros sont les falsificateurs de document fonciers. On les nomme grileiros car ils utilisent des grillons pour vieillir les documents – en compagnie de grillons, un document récent acquiert une apparence ancienne au bout de quelques jours -NDT).

    En termes sociaux, l’Amazonie est une des régions de plus grandes inégalités économiques et sociales de la planète. Cette région est, de loin, la plus violente du Brésil. Elle est responsable de la majorité des morts motivées par les conflits pour la propriété foncière, du plus grand nombre de travailleurs esclaves dans les grandes fermes d’élevage et de l’insécurité dans les zones urbaines.

    En termes de biodiversité, sur seulement 4% de la surface de la terre, l’Amazonie continentale doit abriter plus d’1/5 de la biodiversité de la planète. Dans les zones les plus en danger, comme aux alentours de Belem par exemple, ¼ des oiseaux est menacé d’extinction. Une fois une espèce disparue, c’est pour toujours.

    En termes environnementaux, de 1500 à 1964, nous avons déforesté moins de 1% de l’Amazonie. Lors des 40 dernières années, nous avons déforesté environ 16% de la région, une surface équivalente à 2 fois l’Allemagne, pour en faire des patûrages. Cette surface de 750 mille km2 est deux fois plus grande que la surface agricole du pays. Pire, ¼ de cette superficie est abandonnée car l’objectif de cette déforestation se limitait à la possession de la terre, juste pour pouvoir dire « cette terre a un propriétaire.»

    Actuellement, nous perdons environ 24 mille km2 de couverture végétale native chaque année. Cela signifie que nous déforestons chaque année une surface équivalente à 2/3 de la Belgique.

    Tous les ans, nous perdons environ 1% de ce qui reste de la forêt amazonienne. Si rien n’est fait, nous aurons perdu plus de la moitié de la forêt d’ici à 30 ans. Je n’ai pas autorisé cela. Et vous ? 

    Nous nous contentons seulement d’évaluer la fièvre mais ne combattons pas les causes de la maladie. Chez un patient, la fièvre indique que quelque chose ne va pas, ce n’est qu’un indice. Lorsque les taux de déforestation sont rendus publics, nous sommes tous atteint d’inquiétude, mais cela ne provoque pas la discussion nécessaire sur les véritables raisons de ce triste état de fait.

    C’est à cause des grands propriétaires terriens s’exclament les uns. C’est à cause de l’expension du soja suggèrent les autres. Ou bien c’est à cause de l’ouverture de routes, de l’inefficacité du pouvoir public, de l’accroissement du nombre de grandes fermes, de l’exploitation du bois, de la prospection, et ainsi de suite... Ne restons-nous pas à la périphérie du problème ? Ne montrons-nous pas du doigt les seules conséquences des actes que nous pratiquons dans notre quotidien, de manière récurrente, impensée, et disons-le, irresponsable ?

    Nous sommes responsables !

    Posons-nous vraiment les bonnes questions ? Qui est responsable pour la plus grande partie des déforestations ? Ce n’est pas difficile de répondre : les propriétés rurales partiquant l’élevage. S’agit-il seulement de grandes propriétés ?  Non, les petites et moyennes exploitations agricoles ont comme principale activité l’élevage bovin (dont les buffles font partie).

    Pourquoi l’élevage est-il en pleine expansion en Amazonie ? Un fermier traditionel dirait certainement « c’est moins coûteux de produire de la viande dans cette région, la terre n’a pas beaucoup de valeur, la main d’oeuvre est bon marché, il y a peu de contrôle des organismes environnementaux, travaillistes et du fisc. »

    Cette réponse est cependant peu satisfaisante. Finalement, cette viande va bien quelque part. Quelqu’un consomme ce produit. Les données sont claires : plus de 90% de la viande produite en Amazonie est consommée au Brésil, dans les régions au plus fort pouvoir d’achat, le sud et le sud-est. L’augmentation de la consommation de viande bovine est significative. Tous les jours, de plus en plus de personnes veulent leur morceau de choix.

    En 40 ans, de 1964 à 2004, le cheptel bovin de l’Amazonie est passé de 1,5 à 60 millions de têtes. Une partie de ce cheptel est clandestin. Ce lot d’animaux prêts à être tués pour satisfaire le désir de manger de la viande représente 1/3 du cheptel brésilien. 3 animaux pour chaque habitant de l’Amazonie. Au Brésil, il y a déjà plus de bétail que de gens !

    L’élevage est la principale activité économique rurale de la région. Il ne s’agit pas seulement des grandes et moyennes propriétés (cela représente 25 mille familles possédant des propriétés supérieures à 500 hectares). La plus grande partie des 400 mille petits propriétaires ruraux de l’Amazonie ont l’élevage comme principale source de revenus (que ce soit en raison de l’insuccès d’autres activités économiques, ou  de l’incompréhension de la nature amazonienne qui motive sa carbonisation plutôt que l’adoption de méthodes durables).

    Souvenons nous que nous sommes dans un pays où la majorité souffre de grandes carences. Sans le bas pouvoir d’achat de nombreux Brésiliens, la consommation de viande serait au moins le double. Le Brésilien mange en moyenne un petit steak par jour (100 grammes), soit 36kg par an.

    Un boeuf de 16 arrobas (l’arroba est une mesure de poids correspondant à 15 kg -  NDT) a en moyenne 240kg de viande. Si vous mangez de la viande de boeuf tout au long de votre vie (72 ans, l’espérance de vie au Brésil), cela signifie un boeuf tous les 6,6 ans, 11 boeufs entiers pendant toute la vie – 2,6 tonnes de viande ! Sur ces 11 boeufs, au moins 4 seront originaires d’Amazonie. Tous les 3 jours, le Brésilien mange un steak venu d’Amazonie.

    Combien ce steak coûte-t-il à l’humanité ?

    L’insistance du modèle mondial d’occupation des sols, qui privilégie l’élevage, est le principal responsable de la faim et des inégalités en milieu rural sur la planète. La quantité d’eau, de sol et de ressources utilisées pour produire 1kg de viande seraient suffisant pour alimenter au moins 50 personnes.

    L’expansion de l’élevage est responsable d’au moins 2/3 de la déforestation en milieu tropical sur la planète. Ces forêts tropicales ont déjà couvert 16% de la planète, aujourd’hui elles n’en couvrent plus que 9%. De la IIº guerre mondiale à aujourd’hui nous avons perdu plus de 3% des forêts tropicales. Pourquoi ? Essentielement parce que les gens veulent manger de la viande de boeuf.

    La question que posent les producteurs est : combien coûte ce steak dans votre assiette ? La question qui devrait inquiéter le citoyen de cette planète est : combien coûte d’effort de l’humanité pour que vous puissiez avoir le luxe de disposer d’un steak dans votre assiette ?

    L’élevage est le plus mauvais employeur qui existe sur la planète. La misère dans les campagnes brésiliennes peut se réduire à une phrase : l’élevage bovin a expulsé l’homme de la campagne. Dans une grande ferme en Amazonie, il y a un employé direct pour 600 boeufs, qui occupent une surface de mille hectares.  La même surface dans l’agriculture familiale emploierait au moins 100 fois plus de personnes, avec les systèmes agro-forestiers et la permaculture ce serait 250 fois plus !

    L’élevage génère peu de revenus, et ces revenus sont généralement transférés hors des régions productrices. L’île de Marajó (la plus grande île fluviale du monde, dans le delta de l’Amazone), d’une surface égale à celle de la Suisse, après 200 ans d’élevage de boeufs et de buffles est devenue une des régions la plus pauvre de l’Amazonie – et de la planète – avec un indice de développement humain (IDH) équivalent à celui du Bengladesh. À Chaves, dans l’île, ¼ des enfants ne fréquente pas les écoles et 77% des enfants n’ont pas d’électricité dans leurs écoles !

    L’élevage est extrèmemnt concentrateur de revenu. Il n’y a pas une région au Brésil où l’élevage a favorisé un développement accompagné de justice sociale. Pire, la majorité des producteurs perd de l’argent avec cette activité. Comme ils ne savent pas faire les comptes, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils s’appauvrissent chaque jour et qu’ils ne pourront rien laisser à leurs enfants et petits-enfants.

    Les études scientifiques de l’Imazon (Instituto do Homem e Meio Ambiente da Amazônia – institut de l’homme et de l’environnement de l’Amazonie) montrent que l’élevage est tellement peu efficient que, en moyenne, il n’offre pas de revenu supérieur à ceux de la caisse d’épargne. En d’autres termes, il serait plus avantageux pour l’éleveur de tout vendre et de vivre avec les intérêts de son argent.

    Pourquoi donc faisons-nous l’option de l’élevage bovin ? Parce que nous ne pensons pas, nous sommes tout autant bovins que l’illustre et innocente créature. Nous ne mesurons pas les conséquences de nos actes. Nous nous basons sur le passé. Nous ne nous posons pas la question de savoir si ce que nos parents et grands-parents faisaient est la meilleure solution pour nous, nos familles et l’humanité.

    L´humanité n’a pas toujours fait les meilleurs choix. Pour la plupart, ce sont des choix commodes. Nous ne mesurons pas les conséquences. Nous sommes pourtant à la croisée des chemins : ou nous transformons l’Amazonie en un immense patûrage, ou nous laisserons aux générations futures la plus diverse et la plus belle forêt tropicale de la planète. Le choix est entre nos mains.

    Cinq cents ans de retard

    Il ne faut pas craindre cette responsabilité. Le Brésil est champion pour le manque de perception environnementale et sociale. L’élevage bovin est synonyme de l’histoire de l’occupation du Brésil. Depuis que le premier Européen a mis les pieds au Brésil, il fut suivi par les sabots des bovins. Le virus de la grippe, le boeuf, la Bible et les armes à feu ont modifié ce continent. Il est difficile de savoir ce qui a causé le plus de dégats.

    Le boeuf est une source de proteïnes de très faible efficacité énergétique (il convertit en viande à peine 7% de ce qu’il consomme). Son piétinement compacte les sols, provoque l’érosion, détruit les micro-bassins hydrologiques et sa consommation provoque de sérieuses conséquences pour la santé.

    Le boeuf est un tracteur qui fonctionne 24 heures sur 24. Et tout cela pourquoi ? Pour assouvir notre envie de manger des hamburgers ou autres steaks. Pour transformer le Brésil en un immense patûrage (le plus grand de la planète) il a fallu « ouvrir » cet espace à l’animal. Le « mato » (forêt tropicale disposant d’une grande diversité biologique - NDT) n’alimente pas les boeufs. Les forêts doivent céder leur espace aux patûrages. Nous pourrions résumer la disparition de la Nature du Brésil en cette simple épitaphe : « est devenu steak ».

    En 500 ans nous avons réduit les 1,5 millions d’hectares de la Forêt Atlantique au 5% ridicules de sa surface originelle, la Caatinga à moins de 20% et le Cerrado à moins de 25%. Pire, la dégradation continue à un rythme accéléré.

    Nous insistons à vouloir créer de nouveaux patûrages en Amazonie au lieu d’améliorer la productivité de ce qui a déjà été transformé en patûrages dans le sud, le centre-ouest et le sud-est. Le Brésil continue à être irresponsable en ce qui concerne la productivité de l’élevage. Des 850 millions d’hectares du pays, il y  a environ 250 millions d’hectares de patûrage (environ 30% du pays). 30% de ce total se situent en Amazonie : 75 millions d’hectares. La productivité en Amazonie est faible – 0,7 têtes par hectare – symbole de l’incompétence à comprendre le milieu physique amazonien. Rappelons-nous que le Brésil possède environ 50 millions d’hectares plantés.

    À ce rythme, en 20 ans nous aurons plus de bovins en Amazonie que la totalité du cheptel actuel (170 millions de têtes). Il y a déjà au Brésil plus de boeufs que de Brésiliens.

    Pour résumer notre histoire : le Brésil est devenu patûrage et notre grande contribution à l’humanité a été de substituer la plus grande forêt tropicale de la planète par des brochettes. Une viande au goût de fumée, de violence et d’extinction d’espèces. Bien que la dictature militaire se soit effondrée dans les années 1980, l’Amazonie continue sous l’emprise de la peur, de la loi du plus fort, du coronelisme (lors de la colonisation portugaise, les terres étaient attribuées aux « coroneis », grands propriétaires terriens exerçant un pouvoir féodal- NDT), de la falsification de documents fonciers, de la corruption et d’avantages fiscaux à ceux qui n’en ont pas besoin. Ce qui commande, c’est le revolver et la tronçonneuse. Un boeuf a plus de valeur qu’une vie humaine.

    Pourquoi ?

    Parce que nous insistons à commettre les mêmes erreurs que nos ancêtres européens, pour qui les pattes des vaches étaient synonymes de progrès. Le boeuf est céleste, la forêt est démoniaque. Les barbelés sont le progrès, la forêt calcinée est le progrès, le mugissement des boeufs est le progrès. Les patûrages, qui peuvent être mesurés et comptabilisés sont célestes.

    Le pays continue à traiter l’Amazonie comme une zone pas encore conquise, un immense stock de terre prêt à devenir patûrage. Sans parler de l’Amazonie comme source inépuisable de bois, de poissons, d’or, d’aluminium, d’énergie électrique, etc...

    Les politiques publiques et la majorité des entreprises méprisent les 10000 ans de vie humaine dans la forêt tropicale, cet apprentissage pas à pas, de découverte de l’être et du vivre. Le Brésil traite les communautés indigènes et caboclas (um caboclo est une personne issue d’une union entre indien et blanc - NDT) comme des cultures « primitives », « barbares » et « démoniaques ». La forêt, l’espace de l’inconnu qui ne peut pas être contrôlé, est l’antre de la peur, de l’obscurité. C’est dans la forêt que se produisent les pires horreurs.

    N’y aurait-il pas là une inversion des valeurs ? Sommes-nous prêts à reconnaître cette erreur ? Ou continuerons-nous à nous vanter de posséder le plus grand cheptel commercial de la planète ? Que nos boeufs sont des « boeufs verts » qui ne mangent que de l’herbe ?

    Allons-nous continuer à nous tromper nous-même ? Serons-nous honnêtes avec les générations futures ? Qui est disposé à penser un nouveau Brésil ? Serons-nous ces bovins qui s’assoient dans les fast food et dévorent en silence leurs hamburgers ?

    Le défi

    C’est à nous, et à nous seuls d’être rapides et efficaces pour proposer un nouveau pacte civilisé pour l’Amazonie, capable de diminuer la pression sur les populations natives et sur l’environnement. Ses 23 millions d’habitants, avec d’amples nécessités, dont les proteïnes, attendent des réponses rapides.

    Finalement, on mange l’Amazonie trois fois par jour, au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner. Il y a 7 millions d’habitant en milieu rural, parmi lesquels 2 millions environ vivent dans trente mille communautés traditionelles, en majorité avec un accès précaire aux services publics d’éducation, de santé, d’eau, égouts, énergie, sécurité et assistance technique agricole.

    Le moment n’est-il pas venu de nous transformer de destructeurs en enrichisseurs de la nature ? Les 75 millions d’hectares amazoniens (surface supérieure à toute la terre agricole du Brésil) déjà rasés ne suffisent donc pas pour que nous révolutionions notre compréhension de la forêt tropicale productive 

    N’est-ce pas le moment de former des agriculteurs de la durabilité (des permaculteurs), des gardes-forestiers, des guides de tourisme écologique, des artisans, des travailleurs du bois attentionnés, des scientifiques et des chercheurs étudiant le savoir local ?

    Et nous, allons-nous continuer à être de simples téléspectateurs ? Pour dire la vérité, nous sommes plus que de simples téléspectateurs, nous sommes ceux qui financent ce processus, en silence, dans les présentoirs des supernarchés. Plus qu’un troupeau de consommateurs inconscients, notre ignorance alimente l’injustice et la destruction. Nous acceptons en silence que les choses continuent comme elles sont.

     

    * João Meirelles vit à Belém, Pará, (dans la région de l’estuaire de l’Amazone). Il travaille dans une entité sans but lucratif, l’institut Peabiru – http://www.peabiru.org.br – et se dédie au renforcement institutionel des organisations sans but lucratif de L’Amazonie. Il a arrêté de consommer de la viande bovine en 2000.

     

     

    Note du traducteur : Ce texte a été écrit en 2006, il est cependant plus que jamais d’actualité. Récemment, le sénat brésilien a approuvé le nouveau code forestier qui bénéficie ces éleveurs et les éxonère des crimes de déforestation pratiqués jusqu’en 2008 (les amendes s’élevaient à plusieurs millions de reais pour de nombreux latifundiarios). De plus la stratégie de « développement » de l’actuel gouvernement agrave considérablement la situation notamment avec la décision de construire de nombreux barrages en Amazonie, dont le très contesté Belo Monte.

     

     

    source : http://www.consciencia.net/2006/0128-meirelles-filho-amazonia.html traduit par Stéphan Bry le 19 décembre 2011


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