• Avortement : No pasaran !

    Avortement : No pasaran !

    Tribune.

    Par Hélène Demilly et Anne-Cécile Mailfert, pour Osez Le Féminisme ! En ce début d’année 2014, l’horizon international voit se dessiner un contexte particulièrement menaçant pour le droit fondamental des femmes à disposer d’elles-mêmes.

    Avortement : No pasaran !

    La Tunisie vient d’adopter dans son projet de Constitution un article qui dispose que « le droit à la vie est sacré », formulation imprécise et ambivalente qui laisse craindre de futures interprétations contraires aux droits des femmes, malgré la consécration de l'égalité « entre citoyens et citoyennes » dans ce texte.
    Au même moment, en Suisse, un référendum d’initiative populaire propose de supprimer le remboursement de l’IVG par l’assurance maladie. Intitulé « financer l’avortement est une affaire privée », il sera soumis au vote le 9 février.
    En Espagne enfin, le projet de loi du gouvernement Rajoy vise à supprimer le droit à l’avortement. Si celui-ci venait à être approuvé par le Parlement, ce serait pour les Espagnoles la fin de leur liberté de choix, marquant une brutale régression dans un pays qui possède l’une des législations les plus avancées au monde dans ce domaine.

    Ces trois pays, où le droit à l'avortement semblait sanctuarisé, doivent nous rappeler combien nos conquêtes sont fragiles, à quel point il faut se garder de les considérer comme des acquis définitifs. Les protéger est non seulement un devoir, mais aussi un combat de tous les instants. Plus que jamais, au moment où les conservateurs gagnent du terrain en Europe et dans le monde, nous devons rester vigilant-e-s contre toutes les atteintes portées à nos droits et nos libertés fondamentales.

    Interdire à une femme de mettre fin à une grossesse qu’elle ne désire pas constitue une violence extrême. Cela revient à considérer qu’elle ne possède pas de droits sur son propre corps, et que celui-ci peut lui être confisqué. Cela revient à opérer une dissociation de sa personne pour l’enfermer dans une prison de chair. Dans nos sociétés patriarcales, cette violence se situe dans la continuité d’un système d’appropriation des femmes pour les mettre à la disposition des hommes, tant sur le plan sexuel que reproductif.

    Supprimer l’accès à l’IVG légale et sûre, c'est opérer une ségrégation économique entre les femmes aisées qui pourront pratiquer une IVG dans de bonnes conditions sanitaires, même si cela suppose de se rendre à l’étranger, et les autres femmes qui n’auront pas cette possibilité. Interdire l'avortement, c'est revenir au temps des « faiseuses d'ange », où des femmes subissaient les pires sévices pour mettre un terme à une grossesse non désirée.

    Interdire l'avortement, c'est enfin condamner à mort des milliers de femmes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 60% de la population mondiale vit dans un pays où l’IVG est interdit ou fortement restreinte, et un avortement sur deux dans le monde est un avortement clandestin. Conséquences : 5 millions de femmes sont hospitalisées chaque année pour des complications sévères liées à ces avortements, et 47 000 femmes en meurent.

    En ces temps de renouveau réactionnaire, il est important de ne pas laisser le champ libre à des idéologies rétrogrades, et de rappeler sans cesse que le droit et l’accès à l’IVG constituent la pierre angulaire de l’égalité entre femmes et hommes. Comment prétendre à l’égalité entre êtres humains si les femmes ne se possèdent pas elles-mêmes ? Comment parler d’égalité si la liberté des femmes est soumise à un impératif de procréation? L’avortement doit être reconnu comme un droit fondamental, universel et inaliénable, pour toutes les femmes de la planète. Il doit être libre, gratuit, et accessible à toutes.

    Nous, féministes, lutterons contre tous ceux qui tenteront de restreindre les droits des femmes. Nous nous battrons pour que ces droits soient reconnus pour toutes les femmes dans le monde. Nous défendrons la vie des femmes face à ceux qui osent se déclarer « pro-vie », alors qu’ils condamnent à mort les plus précaires d’entre les femmes et n'ont d'autre objectif que de les asservir toutes. Contre tous les ennemis des droits des femmes, soyons des millions à nous dresser fermement et proclamons : No Pasaran !


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