• « Bidoche », les ravages de l’industrialisation de la viande

    « Bidoche », les ravages de l’industrialisation de la viande

    « Bidoche », les ravages de l’industrialisation de la viande

     

     

    Sophie Caillat | Journaliste Rue89. 01 octobre 2009

     Une enquête façon thriller de Fabrice Nicolino sur les conséquences écologiques de la consommation mondialisée de viande

    « Bidoche », les ravages de l’industrialisation de la viande

    Découpe du porc dans un abattoir de la banlieue de Pékin (David Gray/Reuters).

    « Bidoche », les ravages de l’industrialisation de la viande

    Quand vous aurez lu « Bidoche », vous ne mangerez plus de viande comme avant. Malgré le sous-titre « L’industrie de la viande menace le monde » et la dédicace « à tous les animaux morts sans avoir vécu », il ne faut pas voir en Fabrice Nicolino, journaliste spécialisé depuis plus de vingt ans dans les questions d’écologie, un végétarien, un « terroriste » du bien-être animal...

    Cet homme-là prétend savoir « ce que manger veut dire » et garde la nostalgie du roast-beef du dimanche midi de son enfance. Simplement, sa longue enquête, faite de compilation d’études notamment américaines, d’enquêtes sur le terrain, notamment en Amérique latine, et de rencontres avec des acteurs de terrain, lobbyistes patentés et éleveurs, lui a ouvert les yeux : « Derrière une côte de bœuf, j’ai fini par voir un bœuf ».

    Son livre, rédigé parfois à la façon d’un thriller, rentre dans les histoires des grandes firmes qui mondialisent le marché, des généticiens qui sélectionnent les espèces, et décrypte nos propres délires, comme cette émission télévisée intitulée « Sauver le bœuf » datée de 1970 archivée sur le site de l’Ina. (Voir la vidéo) retrouver ce média sur www.ina.fr

    Le problème a beau ne pas dater d’hier, il s’aggrave. Car quand les Chinois voudront manger autant de viande que nous, où trouverons-nous les terres pour nourrir tous ces animaux qu’in fine nous mangerons ? Comme l’explique Fabrice Nicolino : « Pour fabriquer une protéine animale il faut six à sept protéines d’origine végétale, car le rendement énergétique d’un animal est très faible. S’il faut toujours plus de céréales pour nourrir les animaux, ce sera au détriment des humains alors qu’un milliard de personnes ne se nourrissent déjà pas à leur faim. » On ignore trop que l’industrialisation de la chaine alimentaire, au nom de l’eugénisme, fait disparaître des races entières d’animaux, mais surtout détruit les forêts. Ainsi pour le soja. L’auteur nous livre cette donnée saisissante : pour satisfaire la consommation en viande de chaque Français, il faut 659 mètres carrés de soja, généralement en Amérique latine.

     

     

    Son livre est truffé de chiffres tous aussi effrayants que réels : 99,5% de la viande consommée en France provient de systèmes industriels Un Français mange en moyenne 92 kilos de viande par an Plus d’un milliard d’animaux domestiques sont tués en France chaque année Des élevages américains peuvent compter 150 000 volailles, des porcheries de 5 000 à 10 000 têtes 18% des gaz à effet de serre d’origine anthropique dans le monde sont dus à l’élevage Face à cette destruction déjà avancée de la planète, que faire si ce n’est arrêter de consommer des poulets hors sol et du porc breton tout en se berçant de l’illusion que nous sommes un pays qui aime ses paysans, une fois par an lors de la grand messe du salon de la porte de Versailles ? Voici ce que l’auteur suggère :

     

     

    Ainsi, nous n’aurions donc rien appris de la maladie de la vache folle, du veau aux hormones, et de tous les scandales comme les algues vertes dues à l’épandage de lisier en Bretagne... Apparemment non ! Fabrice Nicolino défend l’idée que la pandémie de grippe A, appelée « porcine » jusqu’à ce que les éleveurs ne crient au loup, est une résultante directe de ce système industriel.

     

    Allez, quelques petites vidéos sélectionnées par l’Ina pour la route :

    Un reportage sur les abattoirs de Nancy (1981)

    Reportage sur l’agriculture intensive sur France 2 (1992)

     

     


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