• Démocratie locale, initiatives locales

    "Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin" 

    Proverbe africain repris par Le Champ Commun

    Le Garde Manger est une épicerie montée à Augan (dans le Morbihan, en Bretagne) par un groupe d'amis. Une épicerie, mais pas seulement : le lieu est aussi un café-bar, un relais postal et il accueille concerts, conférences, ateliers créatifs.

    L'inattendue épicerie populaire de Augan.  

    Quand on arrive à Augan, après avoir quitté la « quatre voies » peu avant Ploërmel, au bout d’une longue ligne droite juste à l’entrée du bourg, là, sur la gauche, vous ne pouvez manquer le «Champ commun».

     À première vue rien ne permet d’identifier qu’il s’agit d’une épicerie. Pas de devanture mais sur le pignon de la maison une fresque colorée qui indique déjà que l’on a affaire à un style de commerce inhabituel en milieu rural. A Augan, dans cette commune rurale d'à peine mille quatre cents habitants, à six kilomètres de Ploërmel, un commerce qui ne ressemble pas à ce que l’on connaît.

    Cool mais pas baba

     Conseil et convivialité

    Conseil et convivialité

    Bizarre non ? Sans doute une initiative de quelques post soixante-huitards égarés dans la campagne morbihannaise pensez-vous ? Difficile de se faire une idée en ne se fiant qu’aux apparences d’autant que lorsque l’on pénètre dans l’établissement, il s’agit bien d’une épicerie avec tous les attributs d’un commerce avenant. 

    Point de rayons brinquebalants, ni de comptoir poussiéreux ; pas d’odeurs mêlées de farine en vrac et de pommes ridées abandonnées dans des cageots antédiluviens, n’en déplaisent aux nostalgiques d’un monde rural révolu. Pas de patchouli non plus. Non. C’est beau, c’est clair et fonctionnel. 
    Les rayons sont disposés de façon à créer une ambiance chaleureuse qui met en valeur des produits qu’il ne sera plus nécessaire d’aller chercher au super marché de Ploërmel puisqu’ils seront là, à disposition des Alganais, en même temps que les productions locales de légumes, de fruits, de miel et autre bière. Voilà qui peut satisfaire bon nombre d’habitants de la commune et des environs et tout particulièrement les personnes qui n’ont pas de moyens de locomotion.

     

    MIse en rayon
    MIse en rayon

    Quatre-vingt-six associés

    «Bien sûr,  explique Mathieu, l’un des promoteurs de cette épicerie qui se veut populaire, nous avons créé l'épicerie pour maintenir le commerce local. Mais nous voulons aussi que ce soit  un lieu de convivialité où l’on peut se rencontrer, se raconter, parler du temps qu’il fait  et de voir comment va l’autre.»   
    Voilà des propos dans lesquels affleurent des idées et des principes  que  d’aucuns, qui ne voient pas le monde changer, classeront aujourd’hui encore dans la catégorie des folles utopies. Mais de toute évidence les propriétaires de cette épicerie ne sont pas des amateurs. 

    Constitué en coopérative, « Le champ commun » est soutenu actuellement par quatre-vingt -six  associés solidaires qui se répartissent en plusieurs catégories dont les trois principales sont les associés porteurs du projet, les salariés associés et les fournisseurs associés. Les locaux sont la propriété de la société civile immobilière «la cabane » que quatre partenaires ont créé garantissant ainsi un des piliers du projet.

     

    Le relais postal, un service de proximité bien pratique.
    Le relais postal, un service de proximité bien pratique.

    Des idées aux actes ou comment naissent les choses simples

    À l’origine de cette entreprise, il y a des individus qui, à travers leurs parcours dans le monde, de Lille à Montréal, du Burkina à Lorient, du sud-ouest de la France à Rennes, convergent vers Augan portés par une reconnaissance mutuelle de valeurs sociales communes pouvant donner du sens à une action collective qu’il restait, il y a maintenant plusieurs années de cela, à entreprendre. 

    Mathieu et Yann,  tous deux lillois, la trentaine, sont pendant leurs années de collège et de lycée membres des Éclaireurs de France où ils se confrontent aux exigences de la vie et de l’action collectives. Quelques années plus tard, à Montréal, pendant leurs études en sociologie, ils militent dans des structures d’économie solidaire. 

    Mathieu, pour sa thèse, se rendra en Afrique qu’il avait connue par le biais des Éclaireurs. Il y rencontrera sa compagne, une lorientaise, et Yoann un breton animateur d’une association :  « Burkina fa sol ». La connexion est ainsi faite avec la Bretagne. De retour en France, et plus précisément à Rennes, Mathieu, à la recherche de calme pour rédiger son mémoire, vient résider en colocation à Augan. 

     Ce qui est réel résiste

    On le sait, la vie en colocation ne facilite pas en général la rédaction de thèses mais c’est en revanche l’occasion, de soirées en soirées, d’échanges d’idées et de rêves partagés. Sur place, un autochtone, comme par hasard sociologue, s’intéresse lui aussi à l ‘économie solidaire et comme il se trouve qu’en 2008 la boulangerie du coin est en grande difficulté, germe alors l’idée de la prendre en gestion associative. 
    C’est aussi simple que cela,  à ceci près comme le fait remarquer Mathieu   « que travailler avec une équipe de volontaires avec l’envie de faire ensemble ne suffit pas: travailler ensemble, c’est se confronter au concret qui révèle le véritable niveau d’implication des personnes ».  Cette expérience préfigure la création d’un lieu populaire qui prendra la forme que l’on connaît. Les écueils rencontrés dans la cogestion de la boulangerie sont toujours présents mais leur prise en compte est anticipée le plus souvent possible.  

     

    Une équipe de dix personnes
    Une équipe de dix personnes

    …et ce qui nous résiste nous construit

    Aujourd’hui, ils sont dix « permanents », c’est comme cela qu’ils se nomment, pour « faire vivre et animer » l’aventure économique et solidaire du « Champ commun». Sept sont salariés associés et travaillent vingt heures par semaine en contrat à durée indéterminée pour un salaire de 600 euros. « ... Et on ne fait que cela !», dit Mathieu. Sous-entendu : ils n’ont pas d’activité rémunérée hors de la coopérative, et le temps réel de travail dépasse évidemment les vingt heures. 
    Un des principaux objectifs de la coopérative est la création d’emplois à temps plein  rémunérés par «un salaire décent… au moins le SMIC ». Un an après la création de « l’épicerie bar populaire », c’est un horizon encore assez lointain malgré une activité croissante. 

     «Il est certain que nous sommes dans une phase critique, soulignent Yann , Mathieu et les autres autour de la table, et que l’on parle de nos conditions de travail. Cette phase arrive après une période d’engouement. Au départ, on avait anticipé pas mal de choses mais on n’avait pas prévu d’être aussi nombreux à prendre les activités. En même temps on est nombreux mais c’est  insuffisant. 

     

    Le bar est aussi un lieu pour des spectacles certains soirs.
    Le bar est aussi un lieu pour des spectacles certains soirs.

    «On n'avait pas tout anticipé »

    Au départ, on partait sur cinq salariés qui se partageaient 2,75 équivalents temps plein la première année. Ils devaient tenir un bar, une épicerie et une tournée. Aujourd’hui on a un bar, une épicerie, et un chantier. On est dix et on ne peut pas faire de tournée parce que l’on pas suffisamment de temps pour s’y consacrer. Et pour tenir ça à dix, déjà on trime. On n’avait pas tout anticipé. Le manque d’expérience quoi ! » Oui, sans doute, mais en dehors de l'épicerie, du bar et du chantier, vivre prend du temps aussi. 
    Ces constats sont faits collectivement et sans pessimisme. Lucidement, de Yvette, la seule femme associée salariée, à Benoît, Yann et les bénévoles  tous approuvent ce qu’énonce Yann avec conviction : « À court terme, il faut que tout le monde soit salarié et à temps plein ». La dimension militante de l’aventure dans cette perspective n’échappe à aucun d’entre eux, chacun y contribue pour des raisons personnelles différentes.  
    « C’est, souligne Yann, un objectif nécessaire et si on n’y arrive pas c’est que l’on n'est pas dan une économie sociale et solidaire. Ce n’est plus un projet de gauche. On est dans une nouvelle forme d’exploitation collective. Est-ce que l’on peut faire une économie alternative au capitalisme si c’est une économie qui repose sur le bénévolat ? »  
    Alain LESSIR. Photos Christophe LEMOINE.  "Histoires ordinaires"

     A lire également :

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    Comment vivre au pays :  l'exemple à Trémargat   Documentaire sur France5

    (voir aussi article du  Télégramme)

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