• L'avortement dans l'union européenne

    ''Faire de l'avortement une question européenne et collective''

    Jour de colère en Espagne. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dire non au gouvernement Rajoy qui veut interdire l'avortement. En signe de soutien, plusieurs manifestations se sont organisées en Europe ce même jour. Les associations de défense de droit des femmes réclament une harmonisation des lois européennes sur le sujet. L'Union porte bien mal son nom en matière de législation sur l'avortement, très disparate selon les pays.

    • Passez votre curseur sur l'image pour avoir un aperçu de différentes lois nationales sur l'avortement dans l'Union européenne

     

    Nous avons joint l'une des membres du Planning Familial de Paris, Héloïse Galili. Conseillère conjugale au sein de l'association, elle se trouvait parmi les 15.000 personnes rassemblées aujourd'hui à Paris.

    Cécil Thuillier, ARTE Journal : Quelle est la position de l'Union européenne en matière de législation sur l'avortement ?
    Héloïse Galili : Beaucoup d'Etats sont entrés dans l'Europe à la condition de ne pas avoir à revenir sur leur législation en matière d'avortement. En ce moment, ce que l'on essaie de faire au Parlement européen, mais qui n'a pas fonctionné avec le rapport Estrela notamment, c'est d'inscrire l'avortement, et plus généralement le droit à la contraception, dans les recommandations européennes de façon à ce que ça fasse partie du droit humain et des droits fondamentaux à la santé en Europe. Mais ça ne veut pas passer. Le rapport Estrela qui préconisait tout cela et qui n'était même pas coercitif, a été rejeté. Aujourd'hui, à l'échelle de l'Europe, chaque Etat est libre et peut appliquer la législation qu'il souhaite sur l'avortement. Des pays comme l’Irlande, la Pologne ou Malte empêchent quasi totalement les femmes d'avorter, ce qui ne les empêche évidemment pas d'avorter à l'étranger, en général dans les pays proches.

    Existe-t-il des moyens au niveau de l'Union européenne pour empêcher un pays de reculer puisque, dans un cas comme celui de l'Espagne, on revient sur des acquis ?
    Héloïse Galili : Elle ne peut pas imposer à ses Etats membres des politiques spécifiques en matière de liberté d'avortement. Pour l'Espagne, absolument rien ne peut être fait au niveau des institutions hormis des recommandations mais sans aucune obligation de suivi pour les Etats. Chaque Etat est souverain pour sa législation sur l'avortement.

    La députée européenne Edite Estrela, rapporteuse du projet que les parlementaires européens ont rejeté, parle ''d'hypocrisie et d'obscurantisme''. Qu'est-ce-que cela signifie ?
    Héloïse Galili : Ce qu'elle a voulu dire par là c'est que les pays qui restreignent l'avortement totalement ou partiellement savent que les femmes de leur pays avortent tout de même. Ils veulent ignorer la migration de l'avortement comme par exemple de l'Irlande vers l'Angleterre ou de la Pologne vers la République tchèque et l'Autriche. Ces Etats n'adaptent pas la législation à la demande, ils ignorent sciemment la demande d'avortement qui existe pourtant bel et bien dans leur pays. C'est ça l'hypocrisie.

    Quel poids des organisations comme le Planning familial ou l'IPPF peuvent avoir auprès des institutions européennes ?
    Héloïse Galili : On essaie de profiter de notre légitimité d'acteurs de terrain pour avancer des revendications politiques. Mais il est vrai que nous n'avons pas du tout les mêmes forces financières et politiques que des anti-IVG qui arrivent à occuper des postes à responsabilité, notamment au niveau européen, ou à faire un lobbying dont on peut voir qu'il fonctionne vraiment puisque le rapport Estrela a été refusé.

    Quels contacts avez-vous avec les organismes pro-avortement espagnols ?
    Héloïse Galili : Apparemment il a été très difficiles pour les Espagnols de mobiliser tout le monde en même temps car ils fonctionnent en régions et il y avait un problème de coordination. Mais nous en France, on a un mouvement féministe très structuré et très bien organisé et on s'est mobilisés très rapidement. Les Espagnoles ont pris contact avec nous pour nous dire qu'elles se sentaient renforcées par la mobilisation des Françaises pour elles. Du coup, il a été décidé de manifester dans toutes les villes de France en même temps que la manifestation qui a lieu à Madrid aujourd'hui. Beaucoup d'autres villes comme Londres, Bruxelles, plusieurs en Italie ont décidé de faire pareil. Après tout cela, on va essayer d'aller voir nos députés européens avant les élections européennes pour qu'ils fassent de la question de l'avortement une question européenne et collective.

    Cécil Thuillier, Alexandra Jaenicke, Frida Dumont / ARTE Journal
     
     

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter