• La Grèce maintenue sous pression par la « troïka »

    Errements européens et erreurs de la « troïka » pèsent toujours sur Athènes

     

     

     

     

    LE MONDE 13.03.2014

    Par Adéa Guillot (Athènes, correspondance)

     

    Manifestation des fonctionnaires grecs, le 18 septembre 2013, à Athènes.

    Quinze professeurs de lycée enchaînés devant le Parlement sont devenus le symbole de la mobilisation sociale qui, mercredi 12 mars, a agité une nouvelle fois la Grèce.

     

    A l'appel du syndicat de la fonction publique Adedy, des milliers de fonctionnaires – médecins hospitaliers, personnel des tribunaux ou enseignants du secondaire – sont descendus dans la rue pour demander le retrait de la loi sur la réforme de la fonction publique, dont le vote devrait intervenir dans les prochains jours. Cette loi organise les mises en disponibilité et l'évaluation des fonctionnaires et la suppression d'une vingtaine de services délégués de l'Etat.

    PROGRÈS

    « Il y a huit mois, je n'aurais jamais pensé être un jour cadenassé devant les caméras », s'étonne encore Anastassia Giannopoulou. Cette cinquantenaire a été brutalement placée en disponibilité le 22 juillet 2013 lorsque le ministère de l'éducation a, en quelques heures, décidé de supprimer plusieurs filières dans l'enseignement technique.

    « Le 23 mars, je vais être licenciée, sans avoir commis aucune faute », explique Mme Giannopoulou. Selon les termes de la procédure de mise en disponibilité, l'Etat paiera pendant huit mois l'agent concerné à 75 % de son salaire, et soit le reclassera dans un autre service, soit le licenciera purement et simplement. « Nous évaluons à 4 000 le nombre de personnes qui vont se retrouver sans travail dans quelques jours », affirment les responsables d'Adedy. Quelque 11 500 postes de fonctionnaires doivent disparaître d'ici à la fin de l'année.

    Il s'agit d'une demande de la « troïka » des bailleurs de fonds du pays (Fonds monétaire international, Banque centrale et Commission européennes), qui continue de faire pression sur le gouvernement avant de débloquer une nouvelle tranche de prêt de 8,5 milliards d'euros. Au coeur des discussions figurent les questions de dérégulation du marché du travail, de baisse du salaire minimum (586 euros brut aujourd'hui) ou de libéralisation de secteurs protégés, comme celui des pharmacies, qui seront d'ailleurs en grève dans les prochains jours.

    Pour la « troïka » et l'Eurogroupe, Athènes a certes fait des progrès mais n'a pas encore rempli ses objectifs et n'obtiendra ses prochaines tranches de prêts qu'à cette seule condition. C'est que l'Europe est en campagne et qu'avant les élections européennes de mai, il semble difficile de convaincre, notamment l'opinion publique allemande, de la nécessité d'épauler de nouveau la Grèce.

    « TIRER SUR LA CORDE »

    L'idée d'un nouveau plan d'aide d'environ 11 milliards d'euros, plusieurs fois évoqué, ne sera pas examinée avant août, selon le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Quant à l'allégement du fardeau de la dette, réclamé depuis quatre mois par le premier ministre grec, Antonis Samaras, il n'en sera pas question avant le scrutin européen.

    En décembre 2013, Athènes avait annoncé fièrement un excédent budgétaire (hors charge de la dette) de 1,5 milliard d'euros pour 2013, prévoyant de porter cet excédent à 2,9 milliards en 2014. De quoi activer, pensait le gouvernement, la promesse, faite en novembre 2012 par les créanciers du pays, de restructurer la dette si la Grèce parvenait à dégager ledit excédent. Mais l'agenda électoral a tout bousculé.

    Nouveau coup de massue cette semaine, la « troïka » exigeant de M. Samaras qu'il affecte cet excédent au remboursement de la dette ou à des actions en faveur de la croissance. Or, alors que sa fragile coalition est en campagne en vue des élections municipales et européennes, le premier ministre vient de promettre qu'il redistribuera la majeure partie de cet argent aux foyers les plus vulnérables. Façon de prouver à la population que les sacrifices portent leurs fruits dans un pays où le taux de chômage dépasse 28 % et où beaucoup s'apprêtent à voter pour le parti de gauche radicale, Syriza.

    Dans l'entourage du premier ministre, on s'inquiète de ce « qu'à trop vouloir tirer sur la corde, la “troïka” ne fasse exploser la situation. » La « troïka » a donné jusqu'au 16 mars au gouvernement grec pour résoudre l'ensemble des questions pendantes. M. Samaras a prévenu qu'il n'entend pas revenir sur ses promesses. Il faudra certainement attendre le scrutin européen pour voir ce bras de fer, qui dure depuis septembre 2013, prendre fin.

     

     


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