• Le déserteur

    « Le Déserteur » de Boris Vian est une chanson populaire, écrite en 1953 un an avant le début de  la guerre d'Algérie. Elle constitue d'abord un authentique chant antimilitariste. Elle est aussi le symbole de la liberté d'expression en butte à la censure et aux carcans de l'ordre établi.

    Mouloudji est le premier interprète  de la chanson en 1954. Il a d'abord demandé à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu'il souhaitait un propos plus large. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu'on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m'en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez » etc. De plus, Mouloudji n'imagine pas un pacifiste ayant un fusil (dans la version de Boris Vian : "Prévenez vos gendarmes, Que je possède une arme, Et que je sais tirer").

    « Il est gêné par cette chute, par cet homme qui s'apprête à tuer pour ne pas aller à la guerre. La fin est contradictoire. Ensemble, Boris et Mouloudji composent le dernier quatrain : Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n'aurais pas d'armes, Et qu'ils pourront tirer. »

    Peter, Paul and Mary la chanteront, aux États-Unis, au début de la guerre du Viêt Nam. Chanter Le Déserteur en France, en 1963-64 était beaucoup moins problématique qu'en 1954.

    Paroles :

    Monsieur le Président je vous fais une lettre
    Que vous lirez peut-être
    Si vous avez le temps
    Je viens de recevoir
    Mes papiers militaires
    Pour partir à la guerre
    Avant mercredi soir
    Monsieur le Président
    je ne veux pas la faire
    je ne suis pas sur terre
    Pour tuer des pauvres gens
    C’est pas pour vous fâcher
    Il faut que je vous dise
    Ma décision est prise
    je m’en vais déserter

     

    Depuis que je suis né
    J’ai vu mourir mon père
    J’ai vu partir mes frères
    Et pleurer mes enfants
    Ma mère a tant souffert
    Qu’elle est dedans sa tombe
    Et se moque des bombes
    Et se moque des vers
    Quand j’étais prisonnier
    On m’a volé ma femme
    On m’a volé mon âme
    Et tout mon cher passé
    Demain de bon matin
    Je fermerai ma porte
    Au nez des années mortes
    J’irai sur les chemins

    Je mendierai ma vie
    Sur les routes de France
    De Bretagne en Provence
    Et je dirai aux gens
    Refusez d’obéir
    Refusez de la faire
    N’allez pas à la guerre
    Refusez de partir
    S’il faut donner son sang
    Allez donner le vôtre
    Vous êtes bon apôtre
    Monsieur le Président
    Si vous me poursuivez
    Prévenez vos gendarmes
    Que je n’aurai pas d’armes
    Et qu’ils pourront tirer.

     

    Contextes militaire et politique

    Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (1954-1962).

     Contexte de la censure

     En 1953, la chanson Quand un soldat, datée de 1952, chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite6. Les affaires Henri Martin et Raymonde Dien font scandale.

     Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé à ce qu'elle soit censurée. En guise de réponse, Boris Vian écrit une lettre mémorable qu'il diffuse partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber » ; mais la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites. L'interdiction fut levée en 1962.

     Dans les années 1965-1970, pendant la guerre du Viêt Nam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En 1991, elle a également été utilisée durant des manifestations contre l’intervention occidentale dans la guerre du Golfe. Renaud a adapté la chanson qu'il a publiée dans « L'Idiot international » le 9 janvier 1991. En conséquence, la chanson pacifiste a été inscrite sur la liste de proscription des radios.

    Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d’établissement pour l'avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945.

    Source : Wikipédia


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