• Le vélo, du Front populaire au Vélib’ : une histoire française

    Ces militants qui dessinent des fausses pistes cyclables

    Ces militants qui dessinent des fausses pistes cyclables

     

    C’est un film qui commence avec Paulette, forcément. La Paulette d’Yves Montand, celle qui allait à bicyclette. "C’est un film d’histoire", affirme Laurent Védrine, le réalisateur. Ce documentaire, c’est "La reine bicyclette - Histoire des Français à vélo", entre l’émergence du vélocipède, qui, vers 1890, a déjà "des pneus, des pédales, une selle, des freins" et les vélos contemporains "dont il sera difficile de se débarrasser facilement", tant ils sont adaptés à la ville d’aujourd’hui.

    Le film, diffusé sur la chaîne Planète +, du groupe Canal, le 15 mai (six rediffusions, voir ci-dessous), raconte un moyen de transport. La bicyclette, inventée après la voiture mais avant l’avion, n’a pas tellement changé depuis 150 ans. Cet objet présente toujours la même particularité : il permet à l’homme de se déplacer "deux fois plus vite" (en fait plutôt quatre ou cinq fois), assure l’écrivain Paul Fournel, qui précise : "ce n’est pas la machine qui va plus vite, mais l’homme".

    Du corset au pantalon.

    D’images d’archives en interviews d’universitaires ou de techniciens, tour à tour didactique et ironique, M. Védrine (qui est, pourquoi faudrait-il le taire, le fils d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères) emmène les spectateurs dans sa roue. Le vélo a permis aux femmes de passer du corset au pantalon, s’est joué des classes sociales, en suscitant des courses du dimanche entre "prolos" et "bourgeois" et a même servi d’arme à la Résistance grâce à l’une de ses qualités qu’on oublie parfois : le silence.

    On apprend, au détour des images, que les premiers vainqueurs d’étapes du Tour de France conservaient toute leur vie l’auréole de leurs victoires en ouvrant un magasin de cycles appelé "Au Galibier" ou "Au Tourmalet". On revisite le Front populaire et les tandems associés aux premiers congés payés, qui constituent tout de même "un cliché", assure Catherine Bertho-Lavenir, historienne des loisirs. Quelques années plus tard, les privations et rationnements font de la bicyclette le transport urbain et rural le plus adapté aux années de guerre. Mais, dès la Libération, fini la contrainte, "on ressort les voitures des l’endroit où on les avait cachées".

    "L'énergie c'est nous".

    velo dans un jardinL’après-guerre est fait de contrastes. Les 30 Glorieuses et l’avènement de "la bagnole pour tous" enfouissent le cycle dans la mémoire collective. C’est d’ailleurs à cette époque qu’Yves Montand interprète sa fameuse "Bicyclette", conçue dès le départ comme une chanson nostalgique. Les premières "vélorutions" et le choc pétrolier de 1973 bousculent l’ordre établi. A La Rochelle, on distribue des vélos jaunes (lire ici ce qu'il en reste 35 ans plus tard). Interrogés en 1977 sur les Champs-Élysées, des militants barbus et chevelus crient "Le pétrole, on s’en fout ; l’énergie, c’est nous" et réclament "des vélos communautaires" que tout le monde pourrait emprunter. "Mais qui les paierait ?", demande le journaliste. "Le gouvernement !", s’exclame un jeune écolo. Dans la salle, on s’esclaffe.

    Grèves. Et pourtant, dans les années 1980, "le vélo perd pied". M. Védrine ne le dit pas dans son film, mais le confie plus tard, au détour de la conversation : "la décentralisation met fin à la politique de l’Etat en faveur du vélo" qui avait commencé à émerger. Tout au long du documentaire, le cycliste a le sentiment un peu gênant d’être du bon côté de l’histoire. Subissant un "mépris gentil" des pouvoirs publics, les thuriféraires de la petite reine prennent une revanche avec les grèves de l’automne 1995, lorsque les transports publics restent à quai et que les automobiles roulent au pas. "250 000 vélos ont été achetés pendant les grèves", dit-on alors au journal télévisé.

    La suite est plus connue. Encore que. Contrairement à une idée reçue, la remise en selle collective a précédé l’essor des vélos en libre service. Le vélo permet "une tranquille assurance". Le réalisateur, que l’on voit tout au long de son film tourner sur sa monture rouge aux Arènes de Lutèce (Paris, 5e), apprécie l’objet, on l’aura compris, pour son côté pratique. En revanche, l’environnement, l’écologie et les gaz carboniques, régulièrement convoqués par ceux qui assurent promouvoir la bicyclette, sont presque absents du documentaire. Renseignement pris, ce n’est pas un hasard. Le vélo ne se résume pas à une histoire d’air pur, c’est un moyen de transport.

    PS : le film vu par Isabelle Lesens (qui apparaît dans le film et tient un blog sur le vélo), par Télérama et par le blog de Vélib’

    Le documentaire, produit par Talweg, est rediffusé sur Planète + le 16 mai à 13h35, le 24 mai à 21h40, le 25 mai à 16h15, le 28 mai à 13h35, le 3 juin à 13h35 et le 14 juin à 13h35

    Ci-dessous, la bande-annonce :


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