• Les cris d’Athènes

     Les cris d’Athènes

     

     

    LE MONDE GEO ET POLITIQUE | 04.12.2013

    Alain Salles

    Les murs d'Athènes crient encore plus fort depuis la crise. Les graffitis sont noirs ou colorés, politiques ou désespérés, poétiques ou agressifs. Ils recouvrent des murs entiers ou des encoignures de portes. Ils ne sont, bien sûr, pas nés avec la crise. Mais les services publics en détresse de la ville ont depuis bien longtemps cessé de tenter de les effacer. Certains disparaissent d'eux-mêmes, recouverts par d'autres oeuvres ou oubliés par l'histoire. Qu'est devenu le graffiti de Lucas Papadémos pointant un revolver sur le passant ? Et, d'ailleurs, qui se souvient de cet ancien premier ministre, qui resta six mois au pouvoir entre 2011 et 2012 ?

     

    Comme dans toutes les capitales, le street art a même son versant officiel. Il couvre des murs entiers dans le quartier à la mode de Gazi, et ailleurs des façades ont été entièrement recouvertes avec l'aval des autorités. Mais c'est un véritable art politique qui s'inscrit sur les murs de la capitale depuis la crise. C'est dans le quartier contestataire d'Exarchia, juste derrière l'Ecole polytechnique, symbole de la lutte contre la dictature des colonels (1967-1974), que les slogans graphiques fleurissent le plus rapidement. Depuis la mort du jeune lycéen de 15 ans tué par un policier en décembre 2008, le quartier a conservé un air d'insurrection permanente.

    Comme beaucoup de photographes grecs qui ont l'habitude de sillonner le monde, de Gaza à Haïti, Stefania Mizara trouve aussi son inspiration dans son pays en crise. Elle a réalisé un webdocumentaire sur les violences policières et des reportages sur le parti néonazi Aube dorée ou la détresse du système de santé. Dans sa promenade dans le quartier d'Exarchia, elle montre la crise grecque sous l'angle de la détresse et de la révolte. Les murs d'Athènes épousent les sentiments de la rue déprimée et en colère.

    « UNE DÉCLARATION »

    Les graffitis détournent les figures légendaires ou traditionnelles de l'histoire grecque pour les transformer en révoltés de la crise. Ici une Diane, déesse de la chasse, équipée seulement d'un arc. Ailleurs, on peut voir d'anciens soldats grecs armés de bombes, ou une jeune femme en tunique blanche et sandales rouges, les bras recroquevillés sur son sac d'euros, avec le slogan : « Forty years debtocracy » quarante ans de dettocratie »). A côté d'un grand visage cagoulé, l'artiste commente : « Le vrai terroriste, c'est le journal de 20 heures. » Avec les médias et les hommes politiques, les policiers sont une cible privilégiée. Représentés en tireurs, en matraqueurs ou en cochons, pour illustrer le slogan chanté à toutes les manifestations : « Flics, porcs, assassins ! » Un homme chancelant sur des béquilles montre que le système de santé est « kaputt ».

    Plusieurs graffitis sont signés Bleeps, un artiste grec revenu au pays en 2008 après avoir vécu en Grande-Bretagne. « Chacune de mes œuvres est une déclaration », expliquait-il à l'Agence France-Presse en 2012.

    Un homme en noir est ligoté et bâillonné par deux morceaux de sparadrap rouge, à côté du slogan : « Le pouvoir te laisse toujours le dernier mot. » Plus coloré, une jeune femme sonne le réveil sur fond de nuit étoilée, un de ses thèmes récurrents dans la ville. L'une des douze étoiles – comme sur le drapeau européen – est en train de tomber.


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