• Les hommes dans les mouvements féministes

    ARTICLE11

     

    Entretiens

    Les hommes dans les mouvements féministes : entretien avec Alban Jacquemart.

    On envisage rarement la question du militantisme féministe du point de vue masculin. Pourtant, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, des hommes ont participé aux mouvements de lutte pour l’égalité des droits et des traitements. Sujet complexe, qui croise notamment la thématique de la non-mixité militante. Pour en parler, la parole est à Alban Jacquemart, sociologue, docteur de l’EHESS.

    Ils sont souvent présentés comme des questionnements apparus dans les années 1970 avec le Mouvement pour la Libération des Femmes (MLF). Mais en réalité, les débats autour de l’acceptation et des modalités de participation des hommes au sein des associations et des mouvements féministes apparaissent en France dès la fin du XIXe siècle. Si dans le contexte de lutte pour l’égalité des droits civiques de la première moitié du XXe siècle, les femmes - alors considérées comme des mineurs juridiques - sont contraintes de s’engager auprès d’hommes socialement habilités à porter leur parole dans l’espace politique pour se faire entendre, ces dernières, progressivement regroupées en associations, organisent dans le même temps les conditions de leur autonomie et questionnent par leurs actes les vertus de la mixité en milieu féministe. Laquelle est radicalement remise en cause à partir des années 1970, puisque considérée comme une condition de répétition des rapports sociaux de domination masculine en contexte militant.

    Entretien avec Alban Jacquemart (chercheur à l’EHESS et auteur de la thèse « Les hommes dans les mouvements féministes français (1870-2010) - Sociologie d’un engagement improbable » (1)) sur l’engagement et la place des hommes dans ces mouvements, où l’on revient sur la perception de la mixité ou de la non-mixité par les un-e-s et par les autres et où il se raconte quelques exemples de groupes d’hommes « féministes » non-mixtes (2).

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    Il est intéressant de noter qu’au début de l’émergence d’un féminisme structuré en association, à la fin du XIXe siècle, un homme, Léon Richer, en fait figure de représentant. On en entend peu parler...

    En France, le mouvement féministe de la première vague (3) est assez méconnu. L’imaginaire militant, académique comme médiatique, reste très marqué par la non-mixité politique revendiquée dans les années 1970, d’où la tendance à ne considérer le féminisme que comme un engagement de femmes. Tendance qui va de pair avec la volonté légitime des féministes de ne pas mettre en avant les hommes dans l’histoire de ce mouvement.

    Lorsque l’on considère Léon Richer comme le « père du féminisme français », c’est principalement en tant qu’instigateur d’un mouvement organisé et structuré autour d’associations et de revues. Mais les féministes de la fin du XIXe siècle ont bien plus entretenu la mémoire des premières femmes engagées (Olympe de Gouges, Louise Michel, etc.) que celle de Léon Richer. Il fut même question de considérer plutôt sa collaboratrice, Maria Deraisme, comme véritable « mère du féminisme  ».

    Le fait que les féministes dites réformistes (œuvrant à une réforme des institutions) ne puissent s’appuyer que sur les hommes pour avoir une quelconque visibilité dans l’espace public pose la question du sens du féminisme à cette époque…

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    Les questions des stéréotypes de féminité et de masculinité, tout comme celles liées à la sexualité, à la contraception et à l’avortement, sont très marginales dans le mouvement féministe d’alors. La principale ligne de démarcation entre réformistes et radicales, dans les années 1890-1900, c’est la revendication du droit de vote des femmes. Léon Richer, en « bon réformiste  », défend une démarche progressive : d’abord demander une refonte du Code civil (4), puis une fois l’égalité avec les hommes acquise, obtenir le droit de vote en toute légitimité. En parallèle, les femmes se détachent de plus en plus des hommes dont la participation dans les associations féministes chute au fil des années. Elles s’autonomisent notamment par rapport à la figure tutélaire de Léon Richer. Alors même qu’elle s’est formée auprès de lui, Hubertine Auclert est l’une des premières à s’en séparer en réclamant le droit de vote par des méthodes plus radicales, comme la grève de l’impôt (tant que les femmes n’auront pas obtenu le droit de vote, elles ne paieront pas leur impôt). Mais la première décennie du XXe siècle donnera ensuite naissance au suffragisme et toutes les féministes rallient la cause et réclament le droit de vote.

    La question de la mixité ou de la non-mixité se pose-t-elle ?

    Certaines féministes radicales ont parfois des discours ou des écrits très violemment anti-hommes, clairement misandres. Mais, dans les faits, elles ne s’organisent pas nécessairement en non-mixité. Les journaux qu’elles publient ou les groupes qu’elles créent sont généralement ouverts à des hommes. Leurs discours sont plutôt dirigés contre les hommes réformistes alliés des féministes, désignant ceux-ci comme traîtres à la cause. Ce sont davantage les affiliations politiques des hommes réformistes qui sont critiquées plutôt que les hommes en eux-mêmes. Madeleine Pelletier écrit que « le féminisme n’a comme concours masculins que les très jeunes gens dont on ne veut pas encore ailleurs ou les vieux qui, à tort ou à raison, ont été repoussés des autres partis. Ni les jeunes ni les vieux ne sont sincères, ils veulent seulement se faire connaître pour nous lâcher à leur première réussite ailleurs  ».

    Si elles militent en mixité, c’est aussi à cause de leur marginalité à l’intérieur du mouvement féministe et du champ politique en général. Ces femmes ont besoin d’argent pour publier des journaux et ce sont souvent des hommes qui les financent. On est encore dans une société où l’accès à l’espace public est conditionné par l’existence de relais masculins.

    Dans le premier numéro du Combat féministe dont elle est rédactrice en chef, Arria Ly écrit : «  Les hommes féministes sont nos frères d’armes, et dans la grande arène, nous combattrons ensemble la main dans la main, eux par réparation et nous par dignité ».

    Les hommes ne se posent pourtant pas du tout la question dans ces termes-là. Y compris ceux qui militent avec Arria Ly. Rien dans leurs écrits ou dans leurs postures ne montre qu’ils adoptent une figure rédemptrice.

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    Cette première vague du féminisme est souvent pensée comme un échec : le Code civil n’a que très peu évolué, le droit de vote n’a pas été obtenu – il faudra attendre les années 1930 pour que les premières réformes, bien en dessous des attentes des féministes, apparaissent et encore trente ou quarante ans avant que certaines questions ne soient abordées. Mais c’est néanmoins une vraie victoire que d’avoir réussi à imposer le féminisme comme un mouvement politique et un corpus idéologique qui peut être porté par des femmes comme par des hommes.

    La phrase d’Arria Ly montre néanmoins que, tout en militant en mixité, l’inégalité entre les femmes et les hommes est déjà réfléchie. Et ce, aussi bien par les féministes radicales que réformistes. Maria Deraisme affirme qu’il faut que les femmes prennent en main leur destin car les hommes « ne sont point sollicités par des intérêts aussi immédiats, aussi directs que les nôtres  ». Elle approuve que les hommes militent pour les droits des femmes, mais a bien conscience que cette lutte ne bouscule pas leur quotidien ; c’est pourquoi elle invite les femmes elles-mêmes, qui vivent dans cette inégalité en permanence, à agir.

    Dans les statuts des associations, on peut observer un glissement significatif : au départ, la mixité est considérée comme une évidence et n’est même pas mentionnée, alors qu’au début du XXe siècle, la plupart mettent en place des mesures restrictives concernant la participation des hommes. Ainsi, les associations mixtes réservent souvent leur bureau ou leur pouvoir décisionnel aux seules femmes. Les statuts deviennent un levier pour combiner présence des hommes et pouvoir politique des femmes. D’ailleurs, à partir de ce moment-là, les hommes engagés dans le mouvement ne sont pas considérés comme des leaders du mouvement féministe, comme c’était le cas pour Léon Richer.

    Y a-t-il des groupes non-mixtes d’hommes ?

    Lors de la première vague du féminisme, un seul groupe uniquement composé d’hommes se créé. En 1911, l’Association française pour le suffrage des femmes décide la création d’une branche masculine : la Ligue des électeurs pour le suffrage universel. Cette association existe de 1911 à 1914 mais n’a pas le succès escompté. De plus, alors qu’elle est censée être une vitrine de prestigieux soutiens militants masculins pour le droit de vote des femmes, on peut lire dans les pages de son journal des critiques de la stratégie des féministes. Avec la guerre de 1914 et surtout à cause de cette mise en danger de leurs revendications par les hommes, les féministes ne cherchent pas à recommencer l’expérience, contrairement aux États-Unis ou en Grande Bretagne où beaucoup d’hommes militent pour le droit de vote des femmes.

    Peux-tu revenir sur l’usage du terme « féministe » lorsqu’il désigne les hommes engagés dans des mouvements féministes ?

    Le terme « féministe » apparaît à la fin du XIXe siècle et se généralise dans les années 1890. On l’emploie pour désigner indifféremment des hommes et des femmes, que ce soit dans les médias, au sein de la classe politique, ou chez les militants eux-mêmes. Dans les archives de police, on trouve des rapports qualifiant des hommes de féministes et le terme n’a pas de connotation négative. À ce moment-là, aucune militante ne refuse le droit aux hommes d’utiliser l’adjectif.

    C’est dans les années 1970 que l’on assiste à une rupture dans l’usage du mot « féministe », notamment avec le MLF. Le féminisme est pensé comme la politisation d’une expérience particulière, celle d’être femme, dans un monde social caractérisé par les rapports de domination des hommes sur les femmes. Le qualificatif de « féministe » reste donc réservé aux femmes. Un homme qui se dirait féministe chercherait à se réapproprier une lutte de femmes dont le but est de se libérer des hommes ; du coup, ceux qui soutiennent le mouvement ne se donnent pas de nom, se disent simplement « favorables  », ou à la rigueur « compagnons de route ».

    Si les hommes peuvent participer au MLF, c’est sous certaines modalités et en prouvant de manière concrète la matérialité de leur engagement…

    C’est ce qui est nouveau dans le MLF par rapport aux hommes. Lors de la première vague du féminisme, si les hommes acceptent de militer sans être président, ils peuvent participer aux associations - c’est la seule condition. Dans les années 1970, s’ils souhaitent soutenir les initiatives du MLF ou des autres groupes féministes, ils doivent en quelque sorte montrer « patte blanche ». Être pour la libération des femmes, c’est d’abord ne pas reproduire la domination masculine au quotidien, et particulièrement dans les groupes militants, où elle se calque sans problème.

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    Alors même que les mouvements de mai 1968 remettent en question la non-mixité (5), ils mettent à jour les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Ainsi, les femmes ont moins accès à la parole et celle-ci est largement discréditée. De même, la question des inégalités entre femmes et hommes est quasiment absente des revendications. Aussi, quand Le MLF naît au printemps 1970 de la rencontre de plusieurs groupes féministes, pas forcément non-mixtes au départ, la non-mixité devient rapidement nécessaire, d’autant que lors d’une de leurs premières réunions, des hommes s’opposent à leur initiative avec virulence. Les tags « votre réunion n’est pas politique » et les slogans misogynes ou sexuels qui s’en suivent renforcent alors le besoin des femmes de se retrouver en non-mixité.

    C’est ce qui se passe, par exemple, lors des « journées de dénonciation aux crimes contre les femmes  » à la Mutualité (6) où, après débat, elles décident de la non-mixité. Une militante à la tribune explique : « Ce qu’on aurait voulu, c’est que les hommes comprennent qu’on a besoin d’être entre nous.  » La participation des hommes à cette réunion se traduit matériellement par la crèche qu’ils tiennent et qui permet aux femmes ayant des enfants de les faire garder tout en participant à l’assemblée. Cependant, le MLF n’est pas uniquement et unilatéralement non-mixte. Les AG le sont, mais toutes les manifestations ne le sont pas forcément. Dans ces cas-là, les militantes demandent aux hommes de rester en queue de cortège, mais ils ont beaucoup de mal à l’appliquer.

    La question de la sincérité de l’engagement des hommes auprès des femmes se pose t-elle alors ?

    À partir du moment où on adhère à l’idée qu’il y a un système social – qu’on appelle ça domination masculine, phallocratie, ou ce qu’on veut – où les hommes sont les dominants et les femmes les dominées, ces dernières ne peuvent qu’être dubitatives sur les engagements des premiers.

    Cette attention particulière n’est pas très attractive pour les hommes ; les groupes féministes ne sont pas nécessairement des milieux où ils sont valorisés. Or la dimension affective, relationnelle et sociale du militantisme est très importante ; se trouver dans un groupe où nos paroles, nos actes sont systématiquement jugés demande une assez forte volonté politique.

    Tu as interviewé un homme qui disait que pour lui, ce n’était pas si désagréable d’être au milieu de pleins de femmes, d’être le mec féministe dans une assemblée où il y avait soixante nanas…

    Tout dépend aussi des associations. Le planning familial, par exemple, a un rapport à la non-mixité beaucoup moins politisé que les militantes du MLF. Les groupes MLAC (7), centrés autour de la question de l’avortement, sont eux aussi des groupes mixtes. D’ailleurs, assez rapidement, cette mixité devient problématique ; des médecins ont un pouvoir très fort en tant qu’hommes mais aussi en tant que médecins (ce sont eux qui ont le savoir médical pour pratiquer les avortements), et sont beaucoup moins dans une démarche d’interrogation de leurs propres pratiques. Cette expérience de mixité se termine de manière assez conflictuelle – les hommes se désengagent à partir de mi-74 et encore plus après le vote de la loi Veil –, confortant ainsi l’idée que la non-mixité convient mieux pour porter les revendications des femmes.

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    C’est dans ce contexte que se créent des groupes d’hommes ?

    Après l’expérience des groupes MLAC, à la fin des années 1970, émergent quelques groupes uniquement masculins. Au niveau national, ils sont à peu près deux ou trois cents hommes, dans des groupes de cinq à vingt personnes suivant les endroits. Ce sont des hommes qui ont été interpellés par le féminisme d’une manière ou d’une autre (certains ont participé à des groupes MLAC, d’autres ont eu des compagnes féministes, d’autres encore ont baigné dans la contre-culture des années 1970, les appartements communautaires, etc., ou ont fréquenté des féministes par des réseaux militants), et notamment par la critique des identités de genre, ce qu’on appelait à l’époque « les rôles sociaux de sexe ».

    Ils décident de se réunir entre eux et parlent de leur identité masculine, de ce que c’est d’être un homme et essayent d’inventer une autre masculinité, ou en tout cas une nouvelle forme d’être un homme qui ne soit pas oppressive. Ils prônent la désocialisation en tant qu’hommes et le refus de ce qu’ils appellent « la virilité obligatoire  ». Ils ne veulent pas se comporter en hommes comme la société le définit. Mais ce n’est pas sans poser de problèmes quant au devenir du groupe : se réunir, parler entre hommes, travailler sur soi, certes, mais à quelle fin ?

    S’ils interviennent publiquement, s’ils portent des revendications, s’ils manifestent, ne retombent-ils pas dans cette fameuse « virilité obligatoire » qu’ils contestent, la sphère publique étant définie comme la sphère des hommes ? S’ils dépassent le cercle des réunions pour se poser des questions, est-ce qu’ils ne risquent pas déjà d’être en dehors de la ligne politique qu’ils se sont fixés ?

    Au bout d’un moment, ces groupes ne tiennent plus ; certains basculent dans la thérapie de groupe. La grille d’analyse politique du féminisme passe en second plan, voire disparaît. Ils parlent de la difficulté d’être un homme, comment ils en souffrent, comment ils se sentent en décalage, et ne se posent plus la question des rapports sociaux de sexe. Ils cherchent à transformer leur propre vie et leur propre position, mais avec une attention moindre pour ce que ça transforme ou non dans la vie des femmes autour d’eux.

    Ces transformations de l’intime ne sont-elles pas considérées comme des avancées ?

    C’est compliqué dans le contexte des années 1970 marquées par le marxisme, par cette idée des structures qui façonnent les êtres humains. Ces groupes d’hommes se heurtent à une certaine incompatibilité entre d’un côté, la volonté de modifier ces structures sociales, et de l’autre, la croyance qu’individuellement on peut réussir à transformer les choses. Et c’est cela aussi qui crée la suspicion chez les militantes féministes.

    Quand elles disent que « le privé est politique », ce qu’elles cherchent à faire, ce n’est pas se transformer elles-mêmes, mais plutôt d’essayer par la parole de désindividualiser leur vécu. Les groupes de paroles des femmes sont construits sur le fait de parler de leurs expériences personnelles pour se rendre compte qu’elles ne sont pas façonnées par leurs problèmes psychologiques ou par leurs relations de couple, mais par des structures sociales. Cela leur permet de comprendre qu’elles ne sont pas des individus isolés mais bel et bien produits par ces structures.

    Alors que les groupes d’hommes se construisent plutôt dans le sens inverse : ils sont à l’intérieur de structures et veulent s’individualiser en s’en détachant. Toute la question est de pouvoir refuser les structures sans nier la réalité de l’effet de ces structures. Le problème se pose aussi pour d’autres rapports sociaux de pouvoir. C’est l’un des points intellectuels, politiques et pratiques sur lesquels ont buté ces groupes d’hommes.

    À cette époque, quels sont les liens entre les groupes non-mixtes masculins et féminins ?

    Il y a très peu d’échanges, même si les logiques politiques, les réseaux des individus sont proches. Après une décennie de luttes féministes, les femmes ont une conscience lucide des conflits engendrés par les rapports sociaux de sexe, donc elles ne sont pas dans les meilleures dispositions pour accueillir ces initiatives à bras ouverts. De manière générale, elles sont assez indifférentes aux groupes d’hommes ; plutôt dubitatives.

    Sur le sujet de la contraception masculine, par exemple. L’intérêt des hommes pour cette question soulèvent rapidement des questionnements sur les conséquences d’une contraception loupée, retombant forcément sur les femmes. Est-ce que les femmes peuvent laisser la responsabilité aux hommes de prendre en charge la contraception, sachant qu’au moindre oubli, c’est elles qui se retrouveront enceintes, susceptibles de se faire abandonner par leur conjoint, ou devant avorter ? C’est l’une des raisons pour lesquelles le planning familial ne s’investit pas plus que ça sur cette question.

    Certains groupes d’hommes un peu structurés dans les années 1980 produisent une revue : Pas rôle d’hommes. Le dernier numéro de celle-ci est écrit en collaboration avec des militantes féministes, sur le thème des relations entre les groupes d’hommes et les groupes de femmes féministes. Mais l’idée tourne un peu au fiasco ; seules deux ou trois femmes acceptent d’y écrire. Selon elles, la réflexion des hommes n’est pas très évoluée et elles ne voient pas l’intérêt d’aller vers eux. Et puis se pose la question de savoir si le temps des militantes féministes doit être consacré à discuter avec ces groupes d’hommes de ce qu’ils vont penser ou écrire.

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    Est-ce que le principe de non-mixité perdure ?

    Des initiatives continuent, en squats, en organisations, plus qu’en groupes structurés. Des hommes se rencontrent entre eux (des semaines, des week-ends, des soirées, de manière très marginale et très localisée) avec toujours cette idée de lutter contre le patriarcat, à partir d’une position masculine. Donc d’abord contre eux-mêmes. Cela provoque souvent le même conflit, à savoir la centralisation sur soi-même qui met de côté les rapports sociaux. Sont plutôt évoqués les difficultés d’être un homme, ou de la souffrance d’être différent et discriminé par les autres hommes ou par les femmes.

    Chez les femmes, la non-mixité est encore souvent pratiquée, sous forme de groupes, d’associations, ou bien même sous forme d’événements (des marches de nuit, par exemple). La plupart des féministes, même celles qui militent en mixité, acceptent l’idée que la non-mixité a des vertus politiques et militantes, et ne la remettent pas en cause. Elle est envisagée de manière différente selon les lieux militants, mais les lieux mixtes ne critiquent pas les associations non-mixtes, en tout cas pas sur ce terrain-là. Le discours des féministes est celui-ci : il y a toujours des inégalités et il est tout à fait légitime, aujourd’hui encore, que des femmes se réunissent entre elles pour faire émerger leurs priorités politiques et un travail de prise de conscience.

     



    1 À consulter ICI.

    2 Et où l’on parle surtout des mouvements dits réformistes, et moins des collectifs de réflexion sur les identités de genre.

    3 Le mouvement féministe est traditionnellement divisé en plusieurs grandes périodes historiques : la « première vague » qui court de la fin du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la « deuxième vague » englobant les années 1960 et 1970 et la période contemporaine, parfois nommée « troisième vague ».

    4 Le Code civil maintenait alors les femmes dans un rôle de mineures.

    5 L’une des revendications initiales des étudiants portait notamment sur la mixité des dortoirs…

    6 Les 13 et 14 mai 1972.

    7 Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception.


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