• Mépris des animaux et racisme : une même logique

    Mépris des animaux et racisme : une même logique

    Thomas Lepeltier  Mis à jour le 07/03/2013

    Naguère, les Noirs ont été comparés à des singes et les Juifs à de la vermine. Or, réfléchissant sur l’Holocauste, Theodor Adorno avait laissé entendre qu’un phénomène comme l’extermination des Juifs à Auschwitz commence lors­que l’on regarde un abattoir et qu’on laisse faire en se disant que ce ne sont que des animaux.

    
La logique de son raisonnement était simple : si une personne trouve légitime d’abattre sans nécessité des animaux, elle ne verra pas de problème moral à ce que l’on agisse de même envers tout groupe d’humains rabaissés au rang de l’animalité. On comprendra facilement pourquoi cette thèse d’Adorno est souvent mise en avant par les défenseurs de la cause animale. Mais que vaut-elle ? Kimberly Costello et Gordon Hodson, deux psychologues de l’université Brock (Ontario, Canada), viennent justement de développer des procédures expérimentales pour la tester. En 2010, après avoir soumis toute une série de questionnaires à des étudiants socialement bien intégrés, ils avaient montré que plus ces individus perçoivent les animaux comme proches des êtres humains, plus ils adoptent une attitude accueillante envers des groupes marginalisés, comme les immigrés.

    
Dans une nouvelle étude, les deux chercheurs viennent d’étendre ce type d’analyse aux enfants. Ils ont étudié le rapport pouvant exister entre la façon dont des enfants considèrent les êtres humains vis-à-vis des animaux et leur tendance à déshumaniser, ou animaliser, des individus d’une autre origine ethnique que la leur. Les résultats ont alors montré que plus les enfants blancs ont tendance à considérer les humains com­me supérieurs aux animaux, plus ils expriment des préjugés négatifs à l’encontre des enfants noirs.

    
Dans un article du New Scientist, K. Costello et G. Hodson n’hésitent pas à aborder les implications politiques de leurs travaux. Étant arrivés à la conclusion que la tendance à déshumaniser certains groupes d’humains se nourrit d’un sentiment de supériorité vis-à-vis des animaux, ces deux psychologues estiment nécessaire d’accorder plus de droits aux animaux, comme cela a déjà été fait pour les Noirs, les femmes, les homosexuels, etc. Mais la société est-elle prête à accepter l’idée que la façon dont elle traite certains êtres humains est influencée par la manière dont elle traite les animaux ?

     

     

    Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Explaining dehumanization among children: The interspecies model of prejudice », British Journal of Social Psychology, 2012, et « The human cost of devaluing animals », New Scientist, 15 décembre 2012.

     

     


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