• «Pas besoin d’une armée de "Désert des Tartares" !»

    «Pas besoin d’une armée de "Désert des Tartares" !»

    28 avril 2013
    Par ALEXANDRA SCHWARTZBROD

    Interview. Le général Desportes dénonce la sacralisation du nucléaire.

    «Pas besoin d’une armée de "Désert des Tartares" !»

     

    Professeur associé à Sciences-Po et ancien directeur de l’Ecole de guerre, le général Vincent Desportes fustige l’«omerta» qui règne sur la question nucléaire en France.

    Fallait-il refaire un livre blanc ?

    Oui, je le crois, je pense même qu’il serait utile de se livrer à cet exercice régulièrement. Un livre blanc doit construire une réflexion ramassée et non un catalogue de courses comme cela a été le cas en 2008.

    Les grandes lignes de cette réflexion vous satisfont-elles ?

    Pour moi, ce livre blanc présente deux problèmes. D’abord, alors qu’on aurait dû donner une vision stratégique de la France dans le monde, on a très vite façonné la réflexion avec la contrainte budgétaire. Ensuite, on a mis de côté la dimension nucléaire. Or, ce qui est important, c’est la cohérence d’ensemble. En sanctuarisant le nucléaire, on a été amené à trouver des marges budgétaires sur les forces conventionnelles, et donc à réduire leurs moyens alors qu’elles sont indispensables à la crédibilité des forces nucléaires. Si on continue ainsi, on arrivera à un modèle qui ne fonctionne pas : la bombe et les gendarmes !

    Pourquoi en est-on là ?

    Cela repose sur une mauvaise perception de ce qu’est la dissuasion. Sur une vision tronquée de la défense. Cette erreur de naissance du livre blanc provient de ce dogme qui dit que la dissuasion est notre assurance vie et qu’il ne faut pas y toucher. Mais les assurances vie ne servent pas à aider contre les aléas de la vie quotidienne.

    La dissuasion est donc taboue ?

    Il y a une omerta sur la question du nucléaire ce qui fait que personne n’ose s’y aventurer. Sans compter que certains lobbys s’opposent à ce que le sujet soit débattu. Du coup, depuis la mise en place de notre outil nucléaire, il n’y a jamais eu de réflexion de fond sur le sujet.

    L’armée de terre serait la plus touchée par les coupes, dit-on…

    Certaines armées ont un intérêt structurel à ce que la dissuasion ne soit pas revue. Il est à craindre, en effet, que le contrat de 30 000 hommes assigné à l’armée de terre soit réduit de beaucoup. Cela s’explique aussi par des enjeux industriels immédiats. Les intérêts et les budgets concernés par l’armement terrestre sont très inférieurs aux budgets de l’armée de l’air et de la marine, les lobbys sont donc moins puissants. Par ailleurs, l’armée de terre, ce sont de multiples petits programmes qu’on peut arrêter plus facilement qu’une frégate ou un avion de combat. Mais regardez les équipements avec lesquels on s’est battu au Mali : près de 90% d’entre eux étaient utilisés en 1991 dans l’opération Daguet [lors de la première guerre du Golfe, ndlr], et ils avaient déjà 20 ans d’âge ! On a besoin d’une armée d’emploi et pas d’une armée de Désert des Tartares ! Par ailleurs, il aurait fallu que la France rétablisse l’autonomie stratégique perdue (capacité de ravitaillement en vol, transport stratégique, renseignement). Elle ne peut plus mener d’opérations que les Etats-Unis n’approuveraient pas.


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