• Que serais-je sans toi ?

     Poème de Louis Aragon

    "Le Roman inachevé" de Louis Aragon d’où est tiré ce merveilleux poème a été publié en 1956. Il s’agit d’un très long poème qui permet à Aragon de revenir rétrospectivement sur sa vie passée, et de rendre hommage à Elsa Triolet qui est venue le reconstruire en tant qu’écrivain, mais surtout en tant qu’homme. Cet extrait est une véritable ode à Elsa, révélatrice du profond amour qu’il a éprouvé pour elle et des changements qu’elle a produit sur sa vie.

     Cette chanson ne peut s'écouter sans ressentir un énorme pincement au cœur. Voir en plus, un "jeune" Jean Ferrat  (sans la moustache) interpréter sa chanson avec cette voix profonde et  cette force émotionnelle qui est la sienne, c’est un grand moment de bonheur. Alors, pour une toute petite  fois,  passons les détails historiques et plongeons tout  de suite, corps et âmes, dans cette si belle chanson sur laquelle il y a bien peu à ajouter." Mémoire chantée



    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement


    J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
    Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
    J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
    Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
    Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
    J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement

    J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
    Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être bleu
    Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
    Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
    Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
    Tu m'as pris par la main comme un amant heureux

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement

    Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
    N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
    Une corde brisée aux doigts du guitariste
    Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
    Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
    Terre terre voici ses rades inconnues

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement

     


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