• Un sous-marin nucléaire à 120 millions ? Circulez, y’a rien à débattre

    Un sous-marin nucléaire à 120 millions ? Circulez, y’a rien à débattre
     
     
     
     
     Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images
    Lundi 6 mai 2013
     
    « Quand le chef de l’Etat appuie sur le bouton, il faut que ça parte ». C’est un spécialiste qui parle, sur TF1. Notre confrère Jean Guisnel, spécialiste des questions de défense, et consultant occasionnel. TF1 est venue consulter le consultant, car voilà, ça n’est pas parti.
    Un sous-marin nucléaire à 120 millions ? Circulez, y’a rien à débattre

    Le sous-marin nucléaire le Vigilant a tiré dans la baie d’Audierne un missile (de type M51, pour les connaisseurs) qui s’est « autodétruit » en mer aussitôt après le tir. La chose aurait pu rester secrète. Pas de chance, les riverains ont assisté à un joli feu d’artifice, et l’ont photographié. La préfecture maritime confirme donc.

    Accessoirement, on apprend le prix du zinzin : 120 millions d’euros. Pièce. Et sans charge nucléaire, encore. Car évidemment, pensez-vous, les missiles tirés pour de simples tests ne sont pas équipés de charges. Simplement pour s’assurer que « ça part ».

    Alors que tous les prix diminuent (écrans plats, smartphones, ordinateurs), le prix de ces zinzins-là ne semble pas trop diminuer. 120 millions d’euros. « Bientôt toute l’Armée de terre tiendra dans un stade de football, tandis que le nucléaire est sanctuarisé », grommelle ce matin sur France Inter un général, Etienne Copel.

    La politique de dissuasion nucléaire échappe à tout débat

    Quel rapport avec les médias, et la communication, demanderont les plus vigilants d’entre vous. Celui-ci : la politique française de dissuasion nucléaire échappe à tout débat. Non seulement à tout débat public, mais à tout débat parlementaire.

    On rogne dans tous les coins, on s’apprête même apparemment à opérer des privatisations partielles, mais pas touche aux zinzins. Des visites de lanceurs de zinzins sont bien organisées pour quelques parlementaires soigneusement choisis, après quoi le Parlement vote comme un seul homme, c’est tout ce qu’on lui demande.

    Combien de députés vont tomber de leur chaise, comme tous les citoyens, en apprenant le prix du zinzin du Finistère ? Et pourtant, il y aurait matière à débat. C’est le même général Copel (qui n’est pourtant pas un pacifiste baba cool, et a tout pour plaire à Calvi), qui l’écrivait dans Le Monde, l’an dernier (dans une tribune d’ailleurs titrée à l’inverse de ce qu’elle dit, « La dissuasion », oui).

    Mais pourquoi dépenser des fortunes en inventant des nouveaux zinzins toujours plus chers ? Bonne question. On pourrait en poser quelques autres. Combien de tests de ces missiles par an ? Sont-ils tous nécessaires ? Existe-t-il une obsolescence programmée de ce genre de gadgets ?

    En voilà de jolis débats pour de futures émissions de Calvi. Mais en avant-première mondiale, je peux vous annoncer qu’ils n’auront pas lieu. Comment ? Qu’entends-je dans le fond de la salle ? C’est la Ve République qui le veut, c’est comme ça ? Eh bien oui. D’accord. Considérez donc que vous n’avez rien lu. Et que ce billet matinal s’est autodétruit.

     

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