• Une stratégie électoraliste indigne

    "La droite" n'est pas seulement dans la rue...

    Le recul du gouvernement sur la loi famille suscite l'indignation à gauche

    LE MONDE  04 février 2014

    Par Hélène Bekmezian et Bastien Bonnefous

    Ludovine de la Rochère, lors de La Manif pour tous, place Denfert-Rochereau à Paris le 2 février 2014.

    Difficile de parler d'autre chose que d'une reculade. Lundi 3 février, au lendemain des manifestations contre le mariage pour tous, la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA), qui ont rassemblé au moins 100 000 personnes en France, le gouvernement a fini par renoncer. Il n'y aura pas de PMA votée en 2014 et pas de loi famille du tout.

    C'était pourtant un engagement ferme de certains dirigeants de la majorité, à l'instar de Bruno Le Roux (Seine-Saint-Denis), président du groupe socialiste à l'Assemblée, qui avait figé ses intentions dans un tweet publié le 7 janvier 2013 : « L'extension de la PMA sera votée en 2013. Je m'y engage », avait-il alors écrit.

    Mais la situation a bien changé. Lundi matin, tout est parti d'un éclat de Manuel Valls. Mordant la ligne de son couloir gouvernemental, le ministre de l'intérieur se fait premier ministre et prévient que le gouvernement s'opposera à tout amendement de sa majorité sur la PMA et la GPA lors de l'examen de la future loi famille prévu à la rentrée prochaine. Une mise au pas des parlementaires aussitôt recadrée par Bruno Le Roux, le patron des députés socialistes, qui invite son camarade Valls à « respecter la règle du jeu », à savoir attendre l'avis du Comité consultatif national d'éthique sur la PMA. « C'est la méthode de Valls : il s'empare d'un sujet, qu'il secoue et met sur la place médiatique, avant de faire le pompier sur un feu qu'il a lui même allumé », décrypte un pilier du Palais-Bourbon.

    Dans la journée, l'exécutif, qui craint un embrasement de sa majorité, divisée sur la PMA, décide de solder les comptes. Matignon qui, dans un premier temps, n'avait fait que confirmer la position de M. Valls, annonce finalement le report de l'ensemble de la loi famille. Pas question que le sujet empoisonne la réunion du groupe PS à l'Assemblée mardi matin, ni les prochaines semaines jusqu'à la présentation du texte en conseil des ministres en avril.

    LA DÉCISION PASSE MAL

    Le gouvernement explique que la loi famille n'était pas encore totalement ficelée et plaide l'embouteillage parlementaire pour justifier son abandon en 2014. Le camouflet est grand pour la ministre de la famille, Dominique Bertinotti. Mais il ne peut s'agir d'un reniement, affirme-t-on au gouvernement. « Comment Hollande et Ayrault peuvent-ils reculer sur la PMA en repoussant un texte qui ne contenait pas la PMA ? », tente de convaincre un proche du duo.

    Tout à sa reconquête d'une crédibilité économique, l'Elysée n'a pas voulu être déporté une fois de plus sur le terrain des combats sociétaux. « Pas besoin de sortir de West Point pour comprendre que Hollande, qui vient de diviser la droite avec son pacte de responsabilité, n'avait pas envie de la ressouder sur la PMA », explique un conseiller.

    Il n'empêche, la décision passe mal, y compris dans la majorité. Plusieurs soulignent qu'il aurait été tout autant facile de désamorcer en annonçant l'abandon de la loi avant les manifestations…

    Résultat, les écologistes, qui plaident depuis longtemps pour l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, ne se sont pas privés pour dénoncer, dans un communiqué, « un recul inacceptable qui, loin de calmer le jeu, ne peut que galvaniser les mouvements réactionnaires et conservateurs qui manifestent contre l'égalité ». « C'est incompréhensible et pour tout dire consternant », a renchéri le président du groupe écologiste à l'Assemblée, François de Rugy (Loire-Atlantique).

    De son côté, le leader du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a saisi l'occasion pour affirmer qu'« avec le PS, la droite est cajolée, le Medef admiré, l'Eglise choyée. La gauche est trompée et répudiée ».

    Au sein même du PS, les partisans de la première heure de la PMA n'ont pas non plus masqué leur déception. « Le gouvernement recule contre les réactionnaires mais pense-t-il à ses électeurs ? C'est consternant », a déploré Jean-Pierre Michel (PS, Haute-Saône), rapporteur du texte sur le mariage pour tous au Sénat, ajoutant que « s' à la place de Bertinotti, démissionnerait tout de suite ». A l'Assemblée, Bernard Roman (Nord) a, lui, souligné une situation « invraisemblable », qui verrait « des femmes espagnoles venir en France pour faire des IVG et des femmes françaises qui vont aller en Espagne pour leur PMA ».

    Plus compréhensif, Erwann Binet (PS, Isère) prévient tout de même que « l'on n'arrivera jamais à calmer les expressions des quelques manifestants car ils sont dans des postures qui sont toujours les mêmes, notamment sur la gestation pour autrui, alors qu'on a toujours dit que cela ne figurerait dans aucun projet. Leurs arguments frisent l'irrationnel ».

    Le 19 décembre 2012, lors d'un vote au sein du groupe socialiste, 126 députés s'étaient prononcés pour un amendement PMA au texte sur le mariage pour tous (contre 61 « non » et 9 abstentions). Après le recul gouvernemental, le Parlement souverain pourrait-il reprendre la main ?

    Si l'initiative ne vient pas des socialistes, des élus écologistes pourraient déposer une proposition de loi et fédérer une majorité de voix en faveur de la PMA. « On peut différer un calendrier mais pas les convictions », insiste le député PS Bernard Roman.

     

     


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