• Vache folle : "17 ans pour un non-lieu, c'est hallucinant"

    Vache folle : "17 ans pour un non-lieu, c'est hallucinant"

     

    Publié le 14 avril 2014

    Le parquet de Paris a requis un non-lieu dans l'enquête sur le scandale la vache folle. L'UFC-Que Choisir, qui s'était portée partie civile à l'époque, dénonce "le manque de réactivité de la justice".

    La forme humaine de la maladie de la vache folle a provoqué la mort de 27 personnes en France depuis 1996. JOEL ROBINE / AFP La forme humaine de la maladie de la vache folle a provoqué la mort de 27 personnes en France depuis 1996. JOEL ROBINE / AFP

    Non-lieu général : c'est ce qu'a requis le parquet de Paris en novembre 2013 dans l'enquête sur le scandale alimentaire de la vache folle, ouverte en 1997. L'information, révélée lundi 14 avril par le "Parisien", a été confirmée par une source judiciaire. S'il faut encore attendre l'avis rendu par les juges d'instruction du pôle santé publique de Paris, qui pourront choisir de suivre ou non les réquisitions, l'annonce déçoit déjà ceux qui, à l'époque, avaient dénoncé le scandale.

    A savoir l'Union française des consommateurs (UFC), qui avait porté plainte en juin 1996 contre les importateurs d'alimentation pour bétail pour "tromperie sur la qualité substantielle d'un produit" et "falsification". Pour Olivier Andrault, chargé de l'alimentation à l'UFC-Que Choisir, la justice n'a pas été assez efficace dans ce scandale alimentaire pourtant de grande ampleur.

    Comment réagissez-vous au non-lieu requis par le parquet de Paris ?

    - On ne peut être que déçu face au manque de réactivité de la justice française, surtout pour une affaire de santé publique d'une telle ampleur. La vache folle a eu un impact fort et grave, il y a tout de même eu 27 morts en France et plusieurs dizaines en Angleterre [de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, la forme humaine de la vache folle, NDLR]. 17 ans pour prononcer un non-lieu, c'est tout simplement hallucinant.

    Comment expliquer que l'enquête ait duré aussi longtemps ?  

    - L'instruction a mis du temps à démarrer, il a fallu attendre presqu'un an après notre dépôt de plainte et les autres, pour que l'information judiciaire soit ouverte, en 1997. Il y a eu un vrai retard à l'allumage. L'UFC avait d'ailleurs porté plainte une seconde fois en 2000, cette fois contre X, pour protester contre l'inaction des autorités françaises et britanniques. Les enquêteurs disent aussi avoir eu du mal à établir les responsabilités, à démontrer qu'il y avait vraiment eu une volonté de contourner la législation de la part des importateurs d'aliments pour bétail. Pour ça, il faudra attendre l'avis définitif, c'est aux juges d'instruction et à eux seuls de décider.

    Depuis, a-t-on tiré les leçons du scandale de la vache folle ?

    - Paradoxalement, on se rend compte que la réglementation a été plus rapide que la justice. Au lendemain de l'éclatement du scandale de la vache folle, en 1996, la France a adopté des mesures de traçabilité et d'étiquetage pour le bœuf, notamment via le logo "Viande bovine française". Au niveau européen, la traçabilité a été rendue obligatoire en 1998, et l'étiquetage en 2000. Depuis, ils ont été généralisés à toute la filière animale, et plus seulement au bœuf. Troisième mesure : l'indépendance des experts, avec l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), créée en 1999, depuis remplacée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).

    Mais le grand chantier aujourd'hui, cela reste la filière des produits transformés. Notre alimentation est majoritairement composée de ces produits de grande surface, comme les surgelés ou les plats cuisinés. Et malgré le récent scandale des lasagnes de cheval, ces produits ne sont toujours pas soumis aux régulations.

    Propos recueillis par Juliette Deborde - Le Nouvel Observateur

     

     


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter